La France tente de relancer une politique d’innovation en Europe

Le 15/01/2009 à 0:00 par Jacques zzSUEAYGhcIE

Les responsables politiques européens se sont réunis le 9 décembre dernier à la Cité des Sciences, à Paris, afin de jeter les bases d'une politique d'innovation commune.

Les premières assises européennes de l'innovation, organisées le 9 décembre dernier à la Cité des Sciences et de l'Industrie, à Paris, auront constitué l'un des évènements marquants de la présidence française de l'Union européenne qui s'est achevée fin décembre. Les multiples politiques d'innovation appliquées à travers l'Europe ont, en effet, besoin de confronter leurs meilleures pratiques, afin de dégager une politique d'innovation commune par analogie à la politique agricole commune mise en œuvre depuis plusieurs décennies. « Il nous faut un conseil européen de l'innovation qui donne des directives précises au niveau de Bruxelles, afin de mettre en place des synergies entre les Etats membres », a résumé Patrick Ollier, président de la Commission des affaires économiques, de l'environnement et du territoire à l'Assemblée nationale.

Revenant sur le devant de la scène de l'innovation, le principal promoteur de ces assises, l'ex-ministre de la Recherche Claude Allègre, a déclaré qu'il espérait en faire le point de départ d'une nouvelle dynamique. Il a souhaité que d'autres assises soient organisées ultérieurement non seulement par la nouvelle présidence européenne assurée depuis le 1er janvier dernier par la République tchèque, mais aussi par celles qui lui succéderont.

Une bonne partie de la classe politique française, tant de la majorité que de l'opposition, ainsi que de nombreux hauts responsables européens qui ont pris part à ces premières assises, ont affirmé leur volonté de s'engager à donner plus de moyens à l'innovation. L'Espagne, le Portugal, les pays d'Europe de l'Est et les pays scandinaves ont clairement indiqué qu'ils étaient prêts à s'impliquer dans une Europe centrée sur l'innovation. Mais étant donnée sa présence plus que timide, l'Allemagne, première puissance économique d'Europe, s'est malheureusement montrée plus timorée. « L'européanisation du transfert de la recherche devrait être à l'ordre du jour de la politique européenne. Il faut qu'une entreprise allemande puisse facilement s'adresser à un institut Carnot et qu'une entreprise française puisse aller voir un institut Fraunhoffer », a souligné Philippe Busquin, député européen et ex-commissaire européen chargé de la Recherche.

Il y a urgence à agir

Les intervenants ont tour à tour reconnu le retard pris par l'Europe et ont souligné, à plusieurs reprises, qu'il y avait désormais urgence à agir. A deux ans de l'échéance fixée par la stratégie de Lisbonne qui, en 2000, s'était fixée pour objectif de consacrer 3 % du PIB européen à la R&D d'ici à 2010, force est, en effet, de constater que cet objectif sera loin d'être atteint. « L'Europe est le principal pourvoyeur de matière grise dans le monde. Notre potentiel intellectuel est considérable. Mais nous n'arrivons pas à convertir la qualité de notre recherche en croissance. Aussi, allons-nous proposer le renforcement de l'effort budgétaire européen. Aujourd'hui, seulement 6 % de l'effort de recherche européen est coordonné. Cela signifie que 94 % de cet effort est exploité à l'échelle nationale. Nous devons notamment donner plus de moyens au programme Eureka que nous avons laissé dépérir, créer un brevet européen unique et augmenter massivement les fonds de la Banque européenne d'investissement », a recommandé Nicolas Sarkozy, avec l'intention de conclure sa présidence européenne sur des propositions concrètes. L'assurance donnée par les officiels tchèques de poursuivre cette politique d'innovation dans les six mois à venir, devrait permettre d'avancer positivement sur ce dossier. Reste à convertir l'Allemagne. Actuellement, cela semble néanmoins difficile compte tenu des nombreux différends existant entre la France et l'Allemagne.

Nicolas Sarkozy a par ailleurs ponctué le discours prononcé lors de ces premières assises par l'annonce d'un doublement des crédits français alloués aux nanotechnologies qui passeront à 350 millions d'euros sur cinq ans sur les sites de Saclay, Toulouse et Grenoble. Mais les moyens ne sont pas le seul gage de succès. « Trop souvent, les chercheurs négligent les retombées de leurs travaux », a déploré la ministre de la Recherche, Valérie Pécresse, qui a pour sa part rappelé que 700 millions d'euros supplémentaires seront accordés aux universités.

Revenant sur les missions des industriels du fait de sa responsabilité de ministre de l'Industrie, Luc Chatel a insisté sur la nécessité de faire grossir la R&D dans les « clusters » (ou pôles de compétitivité). «Si nous n'y parvenons pas, ces clusters ne serviront à rien », a t-il estimé. Aux partisans des grands programmes industriels, il a rappelé que tous n'ont pas été de grands succès. « Nous pensons que les pouvoirs publics sont là pour accompagner les industriels et non pour leur dire ce qu'ils ont à faire », a-t-il expliqué.

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